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Agrovet-Strickhof Coopération novatrice

Le nouveau centre de formation et de recherche Agrovet-Strickhof est en train de voir le jour à Lindau, près de Zurich. Outre l’EPF Zurich et le centre de compétences Strickhof, la faculté Vetsuisse de l’Université de Zurich y est aussi impliquée. Agrovet-Strickhof offre non seulement une infrastructure moderne pour la recherche, l’enseignement et la formation, il autorise en outre un échange accru entre les sciences agricoles et vétérinaires ainsi que l’agriculture pratique.

C’est pour l’été prochain: à Lindau-Eschikon, près de Zurich, Agrovet-Strickhof, une coopération issue de la formation et de la recherche, entrera en fonction avec tous ses bâtiments, après une phase de travaux d’environ deux ans. Outre les bâtiments modernes actuellement en construction, c’est surtout au niveau institutionnel qu’Agrovet-Strickhof pose de nouveaux jalons. À Lindau- Eschikon, l’EPF Zurich, l’Université de Zurich et le Strickhof – le centre de compétences pour la formation et les prestations dans l’agriculture et l’économie – collaboreront sous un même toit. Trois institutions qui, à ce jour, avaient appréhendé le thème de l’agriculture sous des angles très différents. L’intention qui s’y cache est bien simple: «Cette coopération devrait mener à des synergies, aussi bien dans la recherche et l’enseignement universitaires que dans la formation professionnelle et le perfectionnement», explique Ueli Voegeli, directeur du Strickhof.

En effet, Agrovet-Strickhof va renforcer l’intégration des différents domaines, tant au plan vertical qu’horizontal. Pour le premier plan, cela signifie que la recherche et l’enseignement universitaires auront lieu à l’avenir à proximité immédiate de la formation et du perfectionnement agricoles. Le second est constitué par un rapprochement de la recherche vétérinaire et agro-scientifique avec les besoins de l’agriculture. «Nous pouvons ainsi réaliser dans la région de Zurich ce qui n’existe aujourd’hui nulle part ailleurs, du moins dans l’espace germanophone», souligne le Prof. Heiner Bollwein, directeur de la clinique de médecine de la reproduction de la faculté Vetsuisse de l’Université de Zurich.

Investissements nécessaires
Le point de départ de ce projet novateur a été le fait que les trois institutions allaient au-devant d’investissements importants, car leurs stabulations et bâtiments ne correspondaient plus aux critères d’une garde d’animaux moderne. Par ailleurs, l’EPF Zurich s’était vue contrainte, notamment en raison de la baisse du nombre d’étudiants, de réorienter son secteur des sciences agricoles. Dans le cadre de cette réorientation elle a réorganisé les départements concernés et lancé l’initiative stratégique «World Food System», afin de mettre en valeur ce domaine de recherche, et avec lui le secteur des sciences des animaux de rente.

Comme il faut s’y attendre lors de tels projets, des voix critiques se sont fait hautes au début. C’est surtout du côté des paysans que l’on craignait que la formation agricole devienne l’enfant pauvre du nouveau centre. Dans l’intervalle, les doutes sont levés, les représentants des deux écoles supérieures ayant pu montrer que les universités accordaient une grande importance à renforcer les échanges avec la pratique. «Lors du vote décisif au Parlement zurichois, le projet a été adopté par 167, sans opposition, explique U. Voegeli. Cela montre que le travail de persuasion a porté ses fruits.»

Toute la palette de la garde d’animaux de rente
Concrètement, l’EPF Zurich et le canton de Zurich construisent à Lindau des nouveaux bâtiments pour un budget total de 63 millions de francs. Le centre de la future installation verra apparaître une grande stabulation laitière pour environ 120 vaches, soit deux troupeaux de 50 et 70 bêtes en lactation pour la formation agricole et la recherche. Un peu plus loin, une seconde étable, également équipée pour la formation et la recherche, servira à l’engraissement et à la garde de jeune bétail. Outre la grande stabulation à bétail laitier, un centre du métabolisme comprenant notamment 12 chambres de respiration de tailles différentes servira à étudier en détail le métabolisme du bétail de rente. L’EPF Zurich pourra entre autres observer l’incidence de l’alimentation des animaux sur les émissions de méthane. Ces bâtiments seront complétés par des locaux de bureau et de laboratoire, comprenant au total 40 postes de travail, un forum permettant d’accueillir jusqu’à 400 personnes pour des manifestations ou des démonstrations ainsi qu’une installation d’ensilage et un entrepôt à fourrage sec.

Si l’on y ajoute la porcherie existante et les installations pour les poules pondeuses, Agrovet-Strickhof couvrira à l’avenir l’ensemble de la palette de garde d’animaux de rente. D’autant plus qu’outre les sites actuels de Lindau et de Winterthur-Wülflingen les deux stations de recherche EPF de Frühbüehl bei Zug et d’Alp Weissenstein, dans le canton des Grisons, sont également rattachées d’Agrovet-Strickhof. Frühbüehl, avec sa végétation préalpine, s’intéresse à la garde de vaches-mères, de moutons et de daims, et l’Alp Weissenstein à l’estivage des vaches-mères, des génisses et des moutons en région de montagne.

«Malgré le fait que nous disposions désormais de beaucoup plus de possibilités grâce à la coopération mise en place entre les trois institutions et aux nouveaux bâtiments, au final les pouvoirs publics économisent des coûts», insiste U. Voegeli. Mais surtout, espère-t-il, les nouvelles connaissances issues de la recherche pourront être plus rapidement appliquées sur le terrain. Et de se montrer convaincu qu’il ne manque pas de thèmes de recherche: «En fin de compte, il en va du grand thème de l’efficacité des ressources, commente-t-il. Comment garder quelles espèces, afin de produire des denrées alimentaires de manière optimale dans les conditions spécifiques à la Suisse.» Le thème de la santé animale y joue également un rôle central, notamment car le suivi médical des animaux est un facteur de coûts important pour les paysans. «Il en va, dans l’optique d’une bonne gestion du troupeau, de garder les animaux de telle manière qu’ils puissent vivre autant que possible sans stress et en bonne santé. Pour cela, nous devons renforcer les échanges avec les vétérinaires.»

Lien avec l’agriculture de terrain
H. Bollwein attache également une grande importance aux échanges avec les agriculteurs: «Le consommateur suisse accorde beaucoup de valeur au bien-être animal, relève-t-il. Pourtant, le lien entre les étudiants en médecine vétérinaire et l’agriculture s’est clairement distendu au cours des dernières décennies. Agrovet-Strickhof offre aujourd’hui les conditions idéales pour que nos étudiants puissent à nouveau mieux connaître la pratique agricole à l’avenir.» H. Bollwein se dit persuadé que le conseil des agriculteurs en matière de garde correcte des animaux va progressivement gagner en importance, comparé à leur thérapie. «Garder du bétail laitier en tenant compte de sa production est de plus en plus difficile, au vu de l’accroissement de la productivité laitière, estime-t-il. En notre qualité de vétérinaires, nous pouvons montrer aux agriculteurs comment prévenir les maladies au moyen d’une garde adaptée et de mesures prophylactiques, et ainsi accroître durablement le bienêtre et la performance des animaux.» Cependant, s’ils veulent pouvoir conseiller correctement les agriculteurs, les vétérinaires doivent connaître les conditions pratiques et économiques dans lesquelles les animaux sont gardés et les denrées alimentaires produites.

Pour ce qui a trait aux maladies de la reproduction justement, qui constituent avec les affections de la mamelle les premières causes d’élimination précoce des vaches laitières, il serait par exemple judicieux de connaître précisément l’anamnèse de l’animal. «De telles maladies débutent souvent avec des problèmes métaboliques autour du vêlage, relève H. Bollwein. Celles-ci à leur tour affaiblissent l’immunité de la vache, ce qui induit des maladies, qui entraînent alors une diminution de la fertilité. Mais on ne peut le reconnaître si l’on se borne à prendre en compte de manière isolée le trouble de la fertilité qui fait l’objet du dernier diagnostic.» Les chercheurs vont désormais pouvoir étudier de manière approfondie, dans les nouvelles installations de recherche, comment les problèmes métaboliques influent sur la fertilité, comme l’illustre H. Bollwein dans un exemple: dans la pratique, il se peut qu’une vache qui produit 7000 litres de lait souffre d’une affection du foie, alors qu’une autre qui en produit le double reste en bonne santé. Dans le centre du métabolisme, on peut désormais étudier comment les deux animaux se distinguent au plan de leur métabolisme, quelle est leur efficacité dans la mise en valeur du fourrage et quelles sont les conséquences sur leur santé et leur fertilité.

Compétences complémentaires
Une chose s’avère d’ores et déjà claire: Agrovet-Strickhof concrétisera la rencontre de deux optiques différentes. D’une part, on verra les agriculteurs et les scientifiques agricoles, qui s’intéressent primairement à la garde d’animaux en bonne santé et souhaitent produire des denrées alimentaires de manière la plus efficace possible et, de l’autre, les vétérinaires, qui veillent au bien-être animal et à la prévention comme à la thérapie des maladies et dont la préoccupation est d’assurer l’absence de résidus dans les denrées alimentaires. «En réunissant les deux angles de vue, tout le monde part gagnant», s’enthousiasme H. Bollwein.

Il juge également positive la collaboration renforcée de la Faculté Vetsuisse avec l’EPF Zurich. Lui-même a étroitement collaboré avec Susanne Ulbrich, professeure de physiologie animale à l’Institut EPF des sciences des animaux de rente. Alors qu’elle s’occupe principalement de biologie de la reproduction, lui met son accent sur la médecine de la reproduction. «En éclairant le sujet de différents angles de vues, on a beaucoup à apprendre les uns des autres, souligne le scientifique. Chacun ne profite pas que de l’échange spécifique, mais également du fait que nos groupes de recherche se complètent de manière idéale au plan de la méthode.» Plusieurs groupes de recherche de la faculté Vetsuisse ont à coeur de pouvoir garder les animaux sans stress. «Notre but à long terme est de trouver des marqueurs sur la base desquels on peut reconnaître, dans des échantillons de denrées alimentaires d’origine animale, si l’animal a été gardé dans des conditions indemnes de stress», explique-il. Alors que l’on peut, aujourd’hui, déceler un emploi abusif de médicaments sur la base des résidus dans la viande et dans le lait, les conditions de détention inadaptées ne peuvent pas encore être vérifiées de cette manière. Il serait néanmoins judicieux de pouvoir le faire, car la demande de denrées alimentaires issues de garde d’animaux correspondant aux besoins de l’espèce est en hausse. «Les nouvelles installations de Lindau nous permettront de mieux étudier ces questions, juge H. Bollwein. Nous pouvons par exemple mettre les animaux sous stress dans des conditions contrôlées, par exemple un stress social ou métabolique, puis étudier les modifications que cela induit à l’échelon moléculaire dans leur organisme.»

Les éleveurs de chevaux devraient aussi pouvoir profiter des nouvelles possibilités de recherche. On gardera en effet aussi quelques chevaux à Lindau, ce qui permettra par exemple d’étudier les causes des troubles de la gestation. En effet, il arrive régulièrement, chez les juments âgées, par exemple, que l’on constate une fécondation réussie de l’ovule, mais que l’embryon périsse durant les jours suivants. Les altérations de la muqueuse utérine dues à l’âge jouent un rôle central dans cette mortalité embryonnaire, ce qui conduit à un trouble de la sécrétion des substances essentielles pour le maintien de la gestation. La mortalité embryonnaire durant les trois premières semaines après la fécondation est également une cause importante des troubles de la fertilité chez les bovins à forte productivité. Cela découle notamment du métabolisme élevé de ces vaches, car le foie est responsable notamment de la dégradation des nutriments, mais aussi des hormones de reproduction. Les vaches laitières souffrent souvent d’un manque d’hormones sexuelles, lesquelles sont essentielles au développement normal des embryons. «Nous souhaitons étudier en détail les relations entre le métabolisme et les troubles de la gestation à l’avenir, ajoute encore le professeur. La proximité avec la formation et la formation continue du Strickhof nous permettra, espérons-le, d’appliquer plus rapidement dans la pratique les connaissances acquises.» 

www.agrovet-strickhof.ch


Texte: Felix Würsten
Images: Agrovet-Strickhof

Vue aérienne du chantier (situation: février 2016).
Maquette des nouvelles constructions et des bâtiments de remplacement actuellement en construction à Lindau. Au centre, la grande stabulation à vaches, en haut à gauche le centre du métabolisme. Juste à côté, le bâtiment administratif et de laboratoire, de même que le forum. Dans le coin en bas à droite, l’étable servant à l’engraissement et au jeune bétail, à gauche en bas l’installation d’ensilage et l’entrepôt à fourrage.
Visualisation de la nouvelle installation. En arrière-plan la grande stabulation pour le bétail laitier, à droite le centre du métabolisme.
Le premier coup de pioche pour le nouveau centre a été donné fin août 2015.
Les représentants des trois institutions qui collaboreront bientôt étroitement à Lindau: Prof. Michael Hengartner, recteur de l’Université de Zurich, Markus Kägi, conseiller d’État du canton de Zurich, et Lino Guzzella, président de l’EPF Zurich (depuis la gauche).
De telles chambres de respiration permettront aux chercheurs, dans le nouveau centre du métabolisme, d’étudier en détail le métabolisme des animaux de rente.
 
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