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Action contre la misère des chats

Unir nos forces contre la misère des chats dans le canton du Jura: l’organisation de protection des animaux NetAP, la Société des vétérinaires jurassiens (SVJ) et l’association locale de protection des animaux AJPA travaillent main dans la main pour combattre la surpopulation des chats harets dans ce anton de Suisse romande.

L’équipe du 24 janvier 2016.
L’hôpital de campagne à Delémont.
L’hôpital de campagne à Delémont.
On voit sans cesse des cas de négligence, c’est très triste.

Il est 9 heures du matin. En provenance des quatre coins de Suisse, des volontaires de l’organisation de protection des animaux NetAP (Network for Animal Protection) se retrouvent à Delémont, chef-lieu du canton du Jura. Les vétérinaires de la SVJ sont également arrivés sur place. Un «hôpital de campagne» est aménagé dans l’ancien restaurant du personnel de l’entreprise von Roll. Quelque 80 chats attendent dans leurs boxes d’être castrés dans le courant de la journée.

Les souffrances des chats sont grandes dans le Jura, comme dans de nombreux autres cantons: la faim, les maladies, les blessures et les températures extrêmes rendent très difficile la vie de nombreux chats errants ou négligés. Les animaux non castrés se reproduisent rapidement. Pour garder la population sous contrôle, on n’hésite pas à recourir parfois au tir au fusil ou à d’autres méthodes de destruction contraires à l’éthique.

Interrompre le circuit de la misère
La destruction des animaux indésirables est certes souvent la solution la plus rapide, mais elle n’est pas durable. Elle est néanmoins pratiquée également en Suisse. Malheureusement, la loi sur la protection des animaux n’interdit pas ce type de contrôle de la population. Des chats en bonne santé peuvent être tués sans raison en Suisse. Selon la loi, ils doivent simplement être tués de manière «conforme», donc sans douleurs pour l’animal, et cela doit entraîner une perte de conscience immédiate, dont il ne se réveillera plus. Alors que l’abattage et la noyade ne satisfont pas à cette prescription, l’euthanasie serait permise. Mais la destruction de chatons en bonne santé est clairement en contradiction avec l’éthique professionnelle des vétérinaires, raison pour laquelle de nombreux vétérinaires ne sont pas disposés à aider les gens à se débarrasser ainsi d’une progéniture indésirable.

La seule mesure efficace à la longue et respectueuse des besoins de l’espèce, permettant de limiter le nombre de chats, c’est la castration. Si les responsables ne recourent pas à ce moyen, c’est pour de nombreuses raisons: l’indifférence, les préjugés ou le refus de dépenser de l’argent pour un chat n’en sont que quelques-unes.

Pour interrompre le circuit de la misère, NetAP castre régulièrement les chats harets dans toute la Suisse. De nombreux vétérinaires suisses interviennent bénévolement pendant les week-ends et opèrent chaque jour entre 20 et 100 chats. En même temps que la castration, des soins médicaux de base sont administrés, les chats sont traités contre les endo- et les ectoparasites, et d’autres mesures médicales appropriées selon le cas sont appliquées. En effet, malgré la masse, le principe est le suivant: tout animal a le droit de vivre en bonne santé.

Exigences sévères en matière de professionnalisme et d’hygiène
Dans la clinique provisoire, les chats sont anesthésiés et examinés: état général, oreilles, yeux, dents et tout ce qui possible sur le terrain. On veille ce faisant strictement à la meilleure hygiène possible, car il y a toujours de nombreux cas de panleucopénie (typhus). Pour ne pas exposer les chats au risque de contagion, ils sont strictement séparés par groupes vivant ensemble et maintenus à la plus grande distance possible des autres chats. Chaque équipe (composée du vétérinaire, d’une assistante vétérinaire et d’un aide) castre le groupe qui lui est attribué. À cet effet, elle a son propre poste de travail et son propre matériel d’intervention (p. ex. planche d’accrochage, cage de contention, tondeuse). Naturellement, un jeu d’instruments stériles par chat est à disposition. NetAP dispose à présent de plus de 150 jeux complets pour chattes, qui sont passés à l’autoclave la semaine précédant l’intervention. Après chaque chat, le poste de travail est nettoyé soigneusement. Et une fois que tous les chats d’un groupe ont été traités, on vaporise encore du Virkon.

En plus de la castration, d’autres interventions sont également pratiquées si nécessaire. Des dents sont extraites, des abcès percés et des balles retirées. Parfois une amputation est même nécessaire.

NetAP est équipé pour de nombreux cas, et s’il arrive qu’un cas ne puisse être opéré dans l’installation provisoire, on trouve toujours un vétérinaire qui prend le patient en charge ultérieurement. Il est très rare qu’il faille euthanasier un animal. Cela n’arrive que s’il n’y a plus d’espoir de lui assurer une qualité de vie suffisante malgré l’opération et le traitement.

Après l’opération, les chats sont suivis par le «Recovery- Team». Plusieurs aides veillent à ce que les chats puissent se réveiller dans le calme et surtout au chaud. Les chats affaiblis sont placés sous perfusion; la température de tous est prise, et en cas d’irrégularités, un vétérinaire est avisé immédiatement.

La température de chaque patient est prise de manière routinière.
De nombreuses assistantes vétérinaires travaillent également à titre bénévole pour NetAP.

Les vétérinaires impliqués apprécient le professionnalisme des interventions. Par exemple, Dr Susanna Käppeli, d’Interlaken, se déplace régulièrement pour l’organisation de protection des animaux. «Il ne manque rien!» se réjouit-elle. «Instruments, médicaments, équipement, conditions d’hygiène, déroulements. Tout est parfait!» Ce jour-là, Dr Elisabeth Goldinger, de Müllheim, est présente pour la première fois: «C’est impressionnant de constater à quel point ces interventions sont bien organisées», constate-t-elle en se réjouissant d’ores et déjà de la prochaine intervention.

C’est la même chose pour bon nombre d’autres collègues: une fois qu’on a commencé, on revient toujours. S’engager conjointement avec une équipe de professionnels contre la misère animale dans son propre pays, faire partie d’une transformation efficace et positive, mettre son savoir et son expérience au service de l’amélioration de la vie des animaux pour lesquels personne ne dépenserait d’argent, cela leur paraît tout simplement judicieux en leur qualité de vétérinaires!

Collaboration avec des organisations locales
Dans le canton du Jura, NetAP collabore avec l’organisation locale AJPA et la Société des vétérinaires jurassiens SVJ. AJPA attrape les patients la veille et ne les relâche que le lendemain de l’intervention. Pour chaque jour d’opération, la SVJ met à disposition deux ou trois vétérinaires, qui opèrent et traitent les chats conjointement avec l’équipe de NetAP. Depuis le temps, tout le monde est bien rodé malgré les fluctuations parmi les participants, et l’on s’aide mutuellement. Main dans la main, on travaille à l’amélioration de la situation des chats dans le canton du Jura. Et ce travail porte ses premiers fruits: dans certaines régions, où l’on trouvait encore sans cesse des chatons gravement malades il y a deux ans, on se réjouit aujourd’hui d’une population de chats saine et stable. Les habitants sont également sensibilisés. De nombreux agriculteurs signalent les populations de chats harets à la protection locale des animaux et lui demandent de l’aide. Et la Protection Suisse des Animaux PSA soutient tous ces efforts en augmentant le budget pour les castrations dans le canton du Jura.

Une chose est sûre: une telle collaboration dans l’esprit de la protection des animaux représente la clé du succès. Ce serait magnifique si d’autres cantons suivaient cet exemple.

C’est parti pour le prochain marathon de castration
À 17h, tous les chats ont été opérés et se sont réveillés. Ils seront relâchés le lendemain par les aides de l’AJPA dans leur territoire habituel. La journée de l’intervention s’est terminée tôt aujourd’hui, mais parfois cela peut durer jusqu’à 21 heures. Cela dépend du quota de captures et de l’état des chats et bien sûr également de la taille de l’équipe concernée. Aujourd’hui l’équipe en intervention était nombreuse. Les participants se quittent satisfaits. Beaucoup se reverront le mois prochain, lors du prochain marathon de castration à Delémont. Et on s’en réjouit d’ores et déjà!

Texte: Esther Geisser, présidente et fondatrice de NetAP, et Enrico Clavadetscher, membre du comité directeur et responsable médical de NetAP.

NetAP recherche en permanence des spécialistes expérimentés pour des interventions en Suisse et à l’étranger. Si vous souhaitez faire partie de l’équipe NetAP, demandez le questionnaire pour les vétérinaires à l’adresse info(at)netap.ch.

 
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